On a factchecké Laurent Blanc… et le bilan n’est pas très glorieux

On a factchecké Laurent Blanc… et le bilan n’est pas très glorieux

juin 25, 2012


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Éliminé en quart de finale de l’Euro, Laurent Blanc n’est pas assuré d’être reconduit à la tête des Bleus par le président de la FFF Noël Le Graet. Pour mieux juger de son bilan, après ses deux années de sélectionneur, revenons-en à ses paroles initiales. Résultat: il l n’a pratiquement tenu aucune des promesses émises de sa première conférence de presse le 6 juillet 2010.

Promesse brisée : « État d’esprit sans aucune ambiguïté dont les deux maîtres mots seront rigueur et discipline »

-« Ma démarche sera de retenir les meilleurs joueurs, à leur meilleur poste, pour faire la meilleure équipe possible, à charge pour eux de témoigner d’un état d’esprit sans aucune ambiguïté dont les deux maîtres mots seront rigueur et discipline. »

A priori, la promesse de Laurent Blanc semble facile à tenir. Sélectionner les meilleurs joueurs aux meilleurs postes, quel sélectionneur s’échinerait volontairement à rompre cet engagement? Au delà de la lapalissade, la question du “meilleur poste” n’est pas si anedoctique. Raymond Domenech fut décrié pour avoir fait jouer certains joueurs à des endroits inhabituels. Abidal au centre, plutôt qu’arrière gauche, Ribery à droite plutôt qu’à gauche.

Laurent Blanc n’a pas fait mieux le gouvernement précédent. Il s’est heurté au principe de réalité et a parfois dû remiser ses principes au placard. En septembre 2011 contre l’Albanie, Laurent Blanc place Abidal en défense centrale et Florent Malouda au poste de milieu droit. Contre l’Espagne en quarts de finale de l’Euro, Blanc titularise Debuchy à un poste de milieu droit alors qu’il ne l’avait plus occupé depuis ses jeunes années lilloises sous le patronage de Claude Puel.

Concernant “l’état d’esprit” des joueurs devant allier “rigueur et discipline”, force est de constater l’échec de Blanc. L’exemple de Ben Arfa, utilisant son portable, dans les vestiaires de Suède-France (2-0) en est l’illustration la plus frappante.

Promesse brisée :« Restaurer la confiance avec tous ceux qui nous regardent, qui nous attendent et qui espèrent.»

-« Il faut viser juste et bien pour placer, d’emblée, l’équipe de France sur de bons rails, ceux du succès, et par le succès, par le visage offert sur le terrain et en dehors du terrain, ranimer une flamme un peu vacillante, restaurer la confiance et la relation affective, à l’intérieur de notre groupe et aussi avec tous ceux qui nous regardent, qui nous attendent et qui espèrent.»

L’équipe de France revenait de loin après Knysna. Etat d’esprit, ambiance à l’intérieur du groupe, perfomance collective, tout avait failli. Il était difficile pour les Bleus de tomber tout bas. Aussi, tout était également à reconstruire: une équipe mais aussi une cote d’amour auprès du public français. De ce point de vue là, le bilan est très mitigé. Trois victoires en matchs de préparation, une série de 23 matchs sans défaite, tout semblait en place pour susciter à nouveau de l’enthousiasme autour de l’équipe de France.

Après la victoire des Bleus contre l’Ukraine (2-0), il y a d’ailleurs eu un petit frémissement comme si le public commençait doucement à reprendre confiance dans cette équipe. Mais, il s’agissait d’un leurre. Les défaites contre la Suède et l’Espagne, la manière indigente proposée, ainsi que l’état d’esprit défaillant des joueurs ont, de nouveau, relégué les Bleus aux quolibets plutôt qu’aux encouragements de leur public.

Un désamour également perceptible dans le score d’audience du quart de finale de l’Euro. Seulement 11.1 millions de personnes (52% de part d’audience) ont suivi la rencontre sur TF1. En Espagne, le match a été suivi par 10.4 millions de personnes (pour 45 millions d’habitants, 20 millions de moins qu’en France). En part d’audience, le score s’élève à 76.7% outre-Pyrénées. En 2006, la victoire de la France face à l’Espagne en 1/8ème de finale de la Coupe du Monde avait réuni 19.6 millions de téléspectateurs sur TF1, soit une part d’audience de 67,9%. Les temps ont bien changé.

Promesse brisée : « Je veux avec les médias des relations dépassionnées, des relations professionnelles, mutuellement respectueuses et, si possible, courtoises.»

-« Les médias sont de plus en plus présents, de plus en plus exigeants. Dans ce contexte, où les parties de cache-cache de cour d’école n’ont jamais débouché sur rien de positif, je veux avec les médias des relations dépassionnées, des relations professionnelles, mutuellement respectueuses et, si possible, courtoises.»

Si la promesse ne devait s’appliquer à Laurent Blanc, elle a été parfaitement tenue. Laurent Blanc n’a jamais fui ses responsabilités médiatiques, a toujours répondu aux questions des journalistes de manière “respectueuse” et “courtoise”. On ne peut pas en dire autant de certains de ses joueurs.

Après le match de quarts de finale contre l’Espagne, Nasri a “courtoisement” conseillé à un journaliste de l’AFP (même si celui-çi l’avait provoqué) d’aller “niquer sa mère”. Nasri avait également adressé un “ferme ta gueule” sonore au journal l’Equipe après son but marqué contre l’Angleterre lors du premier match de poules.

Il est difficile de reprocher à Laurent Blanc l’impolitesse et le manque d’éducation de ses joueurs. Néanmoins, il est frappant d’observer à quel point il s’était désintéressé de ce geste l’opposant aux journalistes . »Ca ne m’intéresse pas, les réactions des joueurs sont personnelles. Si des garçons ont des problèmes avec des personnes et des médias, vous êtes de grands garçons et vous pouvez les régler entre vous. On ne peut pas maîtriser les réactions des joueurs, elles peuvent être inattendues,” a déclaré Laurent Blanc au lendemain du match en conférence de presse.

Promesse partiellement tenue : « J’espère mettre en place, avec le temps, une équipe qui ne subira pas, une équipe qui maîtrisera ses matches et imposera sa façon de jouer.»

-« J’ai naturellement, pour l’équipe de France de grandes ambitions sportives, elle a un beau challenge à relever, je l’accompagnerai et la guiderai avec mes principes que vous connaissez. Ce n’est pas parce que je change de maillot que je vais changer de philosophie de jeu! J’espère mettre en place, avec le temps, une équipe qui ne subira pas, une équipe qui maîtrisera ses matches et imposera sa façon de jouer.»

Au delà du résultat sportif brut, Blanc avait l’ambition de bousculer les habitudes défensives des équipes de France (de Jacquet à Domenech). Son projet de jeu était de posséder le ballon afin d’”imposer sa façon de jouer”, à la manière de l’équipe d’Espagne, championne d’Europe et du monde. Paradoxalement, c’est face à l’Espagne que ce projet de jeu va voler en éclat. La France a été éliminée en abandonnant ses idéaux: possession laissée aux espagnols, deux défenseurs droits pour couvrir le côté gauche ibérique. Laurent Blanc s’est renié pour éviter la défaite. Il a eu le reniement et la défaite.

Pour autant, les 26 matchs précédents de Laurent Blanc avait tout de même montré un progrès dans ce compartiment. Durant la très grande majorité des matchs de l’ère Blanc, l’équipe a eu une possession plus élevée que celle de son adversaire. Il y a eu quelques matchs accomplis (contre l’Allemagne, la Serbie ou l’Ukraine en compétition officielle), une série d’invicibilité de 23 matchs, et l’émergence de joueurs prometteurs (Cabaye, Debuchy, Giroud). Il y a eu aussi des victoires en trompe l’oeil (Angleterre, Brésil) et une possession de balle trop souvent stérile et latérale. L’équipe de France gardait le ballon, mais qu’en faisait-elle? Comme l’a malicieusement relévé Tricky du forum des Cahiers du foot après le match contre l’Ukraine: “En fait, on est l’Espagne. Enfin, le cousin légèrement débile et en surpoids de l’Espagne.” Cela n’a pas suffi pour les battre.

Michaël Bloch

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