mai 21, 2012
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Montpellier vient d’être sacré champion de Ligue 1 de football. Le PSG, « riche » depuis l’arrivée de QSI, ne finit que 2e. La France jubile de voir le pauvre Montpellier triompher devant le « sale capitaliste » parisien. Ce fait est symptomatique d’une « certaine vision du sport ».
En France, nous avons toujours préféré le perdant magnifique au vainqueur. C’est pourquoi nous aimons décrire les perdants comme les « Poulidor », du nom de ce grand cycliste qui enchaîna les 2e places sur le Tour de France, pendant qu’Anquetil passera pour le « méchant vainqueur ». Dans tous les sports, nous avons droit au même phénomène. Rafael Nadal, maître des lieux à Roland Garros, fut hué lors de son élimination en 2009, les spectateurs se lassant de ses victoires à répétition. Roger Federer déchaîne les passions: Il y a ceux qui sont fans, et ceux qui le haïssent. Pas de demi-mesure, surtout sur les forums sportifs. On entend régulièrement qu’il est « rouillé, usé, vieillissant » puisqu’il est désormais 3e mondial (ou 2e, depuis Madrid). Par contre, Julien Benneteau, lui aussi trentenaire, fait figure de champion avec sa 33e place mondiale.
Les champions honnis
Tous les sports, même la formule 1, constatent ce phénomène: Michael Schumacher, l’un des plus grands pilotes de l’histoire, est detesté puisque « trop fort ». Ce géant de la course automobile atteint des records d’impopularité lorsqu’il a le malheur de s’opposer aux victoires d’Alonso, courant sur…Renault! Et que dire de Lance Armstrong, recordman des victoires en Tour de France, qu’on ne peut pas s’empêcher d’accuser de dopage jour après jour, sans aucune preuve. On peut également se rappeler d’Eddy Merckx, le grand Eddy, agressé en 1975 dans l’ascension du Puy de Dôme par un spectateur, alors qu’il lutte pour glaner son 6e Tour.
Le meilleur exemple reste le football: après avoir conquis toute la planète football, le FC Barcelone devient haï, puisqu’ils « gagnent tout le temps ». Leur élimination en demi-finale de la Ligue des Champions par l’anti-football par excellence, le FC Chelsea, fut salué par la France entière, qui se permit même de résumer la finale de la Ligue des Champions à un « duel Drogba-Ribery ». Si Drogba était français, passe encore: l’esprit cocorico prend le dessus sur le reste, à la limite. Ceci dit, la Cote d’Ivoire n’est pas en France, et l’ami Didier ne porte pas le maillot tricolore! Oui, mais seulement, ce perdant magnifique (cf. nombre de finales perdues) a en plus la particularité d’avoir porté le maillot de l’OM…
La haine du PSG
Puisqu’on est justement sur le football, parlons de notre beau championnat. Ah, la victoire montpelliéraine fait du bien. Oui, c’est le triomphe des « vraies valeurs », du football etc… Ben oui, nous n’allions quand même pas consacrer le PSG! Cette équipe, qui fait l’unanimité contre elle n’a que 2 torts: c’est le club de la capitale, donc haï par les provinciaux, et elle est maintenant « riche ». Et l’argent, dans le sport, c’est sale. Dans un pays où on entend régulièrement « de toute façon, ils sont trop payés » (cf. http://blog.esports-club.com/2012/03/les-sportifs-sont-ils-trop-payes/1886), gagner de l’argent est passible de haine. Tout ça pour un transfert: celui de Javier Pastore. C’est la seule explication. Parce que Menez et Motta ont coûté le même prix que Gignac. Et quand bien même: dépenser 100M€ en une intersaison n’a jamais rendu impopulaire le Real Madrid, alors pourquoi Paris? La réponse tient en un mot: convoitise.
Seul président à avoir réagi intelligemment, Jean-Michel Aulas. Lui qui considère la venue de QSI comme une « opportunité pour le football français » cherche d’ailleurs à attirer des grands investisseurs. Les autres jugent que « c’est facile, avec 100M€ ». C’est vrai que Chelsea a tout de suite gagné la Ligue des Champions…
Qu’on supporte une autre équipe que le PSG est facile à comprendre, et se respecte. Qu’on en oublie les règles élémentaires de la bienséance, de la politesse et du savoir-vivre quand on parle d’une équipe de football est révoltant. C’est vrai, les supporters parisiens sont mal élevés; il n’empêche que la dernière sortie de Taiwo avec l’OM lors de la coupe de la Ligue 2011 (« les marseillais montent à Paris pour… le PSG ») ou même les lyonnais après leur victoire en Coupe de France (« Emmenez-moi à Geoffre Guichard, emmenez moi au pays des batards… ») qui permit à Aulas de faire briller son élégance habituelle (« Batard n’est pas une insulte, mais un terme désignant un enfant né hors mariage ») ne vaut pas mieux.
Pire encore: l’OM fut condamné pour truquage de matchs, sans perdre sa popularité. Et c’est très bien pour l’OM. Mais qu’on ne tente pas de m’expliquer la haine du PSG par ses supporters idiots, puisque des idiots, il y en a suffisamment pour tout le monde.
Tous ces faits permettent donc de tirer quelques conclusions: L’argent est « sale » dans le sport, surtout entre les mains d’une équipe déja honnie. Les vainqueurs sont détestables, puisqu’ils brisent les rêves des perdants. Tout le monde du football français se souvient des fameux poteaux carrés de Saint-Etienne en 1976. Tout le monde se souvient de Seville 1982. Mais on oublie vite (ou du moins on prétend) que Domenech fut vice-champion du monde en 2006. Espérons simplement que les mentalités finissent par changer, et que la France redevienne le pays du fair-play…
Raph