mai 2, 2012
Pep Guardiola a annoncé vendredi son départ du Barça. Entraineur de génie, le président Rosell aura tenté de le retenir jusqu’au bout sans y parvenir. Il laisse au club 13 trophées sur les 18 compétitions disputés et une des meilleures équipes de football de tous les temps.
Sale semaine pour le Barça. Une Défaite contre le Réal qui équivaut à perdre la Liga, et un échec en demi-finale de Ligue des Champions contre un Chelsea ayant passé 180 minutes à défendre dans ses seize mètres. Le Barca a montré qu’il n’était pas invincible. Ce dont on commençait à douter. Et puis surtout, Pep Guardiola a annoncé son départ. Nouvelle presque plus terrible que la perte de la Liga et de la Champion’s League.
Le Barça de Guardiola, c’est 72% de victoires, une moyenne hallucinante de 2.57 buts et plus d’une dizaine de trophées. Le tout en 4 ans. Quand il est nommé en mai 2008, le Barca de Rijkaard vient de réaliser une saison en demi-teinte. Aucun trophée et une troisième place à 18 points du rival madrilène. Le club est miné par des conflits de vestiaire. La nomination de Pep Guardiola, entraineur novice laisse de nombreux sceptiques à Barcelone. Il ne tardera pas convaincre de ses compétences.
Temps courts et temps longs
Résumer le style du Barça sous Guardiola, c’est revenir avant tout au Barça de Cruyff, vainqueur en tant qu’entraineur de la première Coupe d’Europe de Clubs Champions du club en 1992. Un football basé sur la possession et le contrôle du jeu par la circulation du ballon. Guardiola s’inspire librement de ce glorieux ainé.
Autour d’un soliste génial (Messi) capable d’éliminer 2 à 3 joueurs de suite, Guardiola installe au cœur du jeu des équipiers de qualité Xavi, Iniesta puis Fabregas chargés d’organiser le rythme des attaques du Barça. L’équipe est ainsi capable de redoubler de passes pendant près d’une minute sans danger apparent pour la défense adverse, avant d’accélérer subitement et de se procurer une occasion de but en moins de 10 secondes. Maitriser les temps courts et les temps longs, le Barça était devenu imbattable à ce jeu.
Autre force du Barça de Guardiola, la capacité à presser haut et à récupérer ainsi un nombre incalculable de ballons tout en permettant à sa défense de jouer dans la moitié du camp adverse. Cette tactique empêche, de plus, l’équipe adverse de relancer proprement et ainsi minimise ses chances de marquer.
La séance tactique des Cahiers du Foot : le Barça par Les_Cahiers_du_Football
Une certaine idée de l’art
Au contraire, dans le Barça de Guardolia, un soin particulier était consacré à la relance. Jamais, un ballon n’était « balancé » devant pour s’en débarrasser. De Valdes, jusqu’à Sergio en passant par Puyol ou Piqué, tous les ballons devaient atterrir dans les pieds, quitte parfois à se mettre en danger tous seuls à force de trop favoriser la passe parfaite. Le Barça de Guardiola était l’inverse exact du « Kick and Rush », c’était plutôt le « Pass and move ». A chaque passe, un appel, un mouvement était proposé.
Le Barça de Guardiola, c’était une certaine idée de l’art. Ce Barça a réconcilié beaucoup avec l’idée que le beau n’est pas incompatible avec l’efficacité. On avait presque eu tendance à l’oublier. Surtout en France où l’esthétisme est associé aux perdants magnifiques du France-Allemagne de 1982 (3-3), tandis que l’efficacité est alliée à la victoire de l’Equipe de France en 1998, largement basée sur les capacités défensives de l’équipe
Mais même ce Barça s’était essoufflé. L’usure du temps, principalement. Ce principe corrupteur qui entraine la dégénérescence de toutes les équipes. Après deux ans d’échecs répétés contre le Barça, José Mourinho avait su trouver la clé. Plus cruel, l’antithèse totale du Barça, Chelsea a également réussi à forcer le destin pour faire tomber le Barça. On aurait aimé voir Guardiola, la saison prochaine, montrer sa capacité à relever son équipe de ses défaites cruelles, injustes, comme seul le sport peut en apporter. Ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne. Mais, c’est toujours les plus grands qui restent dans l’histoire. Adéu i gràcies Pep Guardiola.
Michaël Bloch
Crédit photo: Flickr/thesportreview.com/cc