jan 3, 2012
Un entraineur viré à la trêve alors qu’il est premier du championnat, la ligue 1 n’avait plus l’habitude de ses manières cavalières depuis la gestion de l’OM par Bernard Tapie. Très critiquée par les aficionados du club, pourquoi la décision de Léonardo était celle qu’il fallait prendre.
Pour lui, la première partie de saison avait été « exceptionnelle.» Leader du championnat avec 40 points en 19 matchs, difficile de donner tort à l’ancien entraineur du PSG Antoine Kombouaré. Le couperet est pourtant tombé le 22 décembre dernier, au lendemain du titre de champion d’automne. Antoine Kombouaré ne sera plus entraineur du PSG en 2012. Il s’en tire tout de même avec 4 millions d’euros et une côte d’amour au plus haut auprès des supporters du PSG
Que peut-on reprocher à l’ancien coach de Valenciennes et de Strasbourg? A priori, pas grand-chose, le bilan comptable est bon, voire très bon et Kombouaré a su trouver la formule pour faire jouer ensemble ses quatre joueurs à vocation offensive (Pastore, Nené, Menez et Gameiro), ce qui n’était pas acquis après le premier match d’août contre Lorient. Pour autant, le jeu du PSG a été très poussif lors de ces premiers mois de la saison. L’équipe a montré ses insuffisances à Evian lors de la 6ème journée, à Dijon en Coupe de la ligue, à Bordeaux (13eme journée), contre Nancy (14eme journée) et surtout face à Marseille (15eme journée).
Le fiasco de l’Europa League
Le « classico » du championnat de France s’est conclu par une victoire sans bavure d’un OM mal en point en championnat qui a su imposer un défi physique de grande intensité au PSG. Une victoire du technicien Deschamps sur Kombouaré. Mais, le gros point noir de la première partie de saison du PSG est sans nul doute l’élimination de l’Europa League en phase de poule dans un groupe très faible (Slovan Bratislava, Red Bull Salzbourg, Athletic Bilbao). Le patron du club Nasser Al Khelaifi en avait pourtant fait un de ses objectifs premiers pour asseoir la réputation du club sur le continent. Il faut « gagner le championnat et avoir de bons résultats en Europe », plaidait-il dans une longue interview à L’Équipe début novembre.
Pas sûr que la qualification en 16ème de finale de l’Europa League aurait permis à Kombouaré de sauver son poste mais l’élimination n’a surement pas aidé à persuader Leonardo et les Qataris que l’ex technicien valenciennois était l’homme de la situation. Dès juillet, Léonardo n’avait pas caché que Kombouaré n’était pas son choix numéro 1 en tant qu’entraineur du PSG. Mais, face à l’impossibilité de recruter un cador européen, le coach kanak avait été conservé. Kombouaré n’a pas démérité lors de ces six derniers mois au PSG mais il paye l’impatience du propriétaire et de son directeur sportif.
Ancelloti a autant de coupe d’Europe que l’ensemble des entraineurs français réunis
La décision de Leonardo doit chercher à être comprise même s’il a pour le moment refusé de s’expliquer auprès des journalistes (« Aujourd’hui, c’est la présentation du nouveau coach, on parlera plus tard tranquillement d’Antoine Kombouaré. »). Il y a fort à parier que Kombouaré n’aurait pas été conservé à la fin de la saison à moins d’un doublé coupe d’Europe et championnat (ce qui n’était déjà plus possible). Par conséquent, Léonardo profite des deux semaines de trêve pour anticiper une décision qu’il aurait prise six mois plus tard quoi qu’il arrive. La situation comptable qui aurait dû protéger Kombouaré l’a en fait handicapé. Leonardo a considéré que débarquer l’entraineur en tête du championnat permettrait de donner au nouveau technicien une assise comptable confortable. D’autant que la signature d’Ancelloti à la place de Kombouaré fait passer le club dans une autre dimension technique.
Sans faire injure à Kombouaré, on peut estimer qu’Ancelloti est un bien meilleur entraineur que lui. A lui seul, Ancelloti compte autant de coupes d’Europe (Champion’s League avec le Milan en 2003 et 2007) que tous les entraineurs contemporains français réunis (Fernandez en 1996 avec le PSG, Houllier en 2001 avec Liverpool)(1).
Il a entrainé les plus grands : Zidane, Inzaghi, Rivaldo, Seedorf, Pirlo, Kaka, Shevchenko, Maldini, Del Piero, Cannavaro, Buffon. Il a gardé des bons contacts avec certains. Ce qui pourrait faciliter leur arrivée dans le club comme le suggère la presse pour Kaka ou Pato. Pour attirer des grands joueurs, il faut un entraineur et un manager sportif de renom. Paris possède maintenant les deux.
Le saut dans le foot business
Avec Ancelloti, Paris est dorénavant rentré dans une autre dimension. On se trompe à vouloir comparer l’équipe parisienne aux autres clubs français. Le PSG espère maintenant concurrencer des équipes comme le Milan, l’Inter, Arsenal ou Chelsea. Cela passe par une inflation des transferts et des salaires des joueurs. « Si l’on veut arriver au plus haut niveau européen, il faut se mettre au même niveau de salaire que les meilleurs équipes, » a confirmé Leonardo le 30 décembre.
La France est-elle prête à ce grand saut dans le « foot-business » qu’elle exècre au plus haut point ? Rien n’est moins sûr vu les cris d’orfraies des politiques qui ont accompagné la une de l’Equipe du 21 décembre annonçant l’arrivée de Beckham au PSG pour un salaire avoisinant les 800 000 euros bruts. Une simple transposition au foot de la loi de l’offre et de la demande.
Pour remporter des trophées dans le foot, il faut de l’argent, une condition indispensable bien que non suffisante pour espérer un jour qu’un club français remporte à nouveau la Ligue des Champions. N’oublions pas que Barca et Manchester font partie du top 3 des budgets européens. L’équation est douloureuse à comprendre pour un pays de tradition chrétienne qui se reconnait dans les paroles presque évangéliques de Francois Mitterrand en 1971 sur « l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes. »
(1) On notera tout de même que l’entraineur argentin, naturalisé français Helenio Herrera a remporté la Coupe des Clubs Champions en 1964 et 1965 avec l’Inter Milan et la Coupe des Villes de Foire en 1960 avec Barcelone.
Michael Bloch
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